L'association Anagramme et Le Ciné-club de Grenoble vous proposent un pas de côté préalable à la projection du film "Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?” de Robert Aldrich, un spectacle évoquant les mêmes propos, les actrices, le mythe hollywoodien, le vieillissement des icônes de cinéma.
Au tout début des années 60, Bette Davis et Joan Crawford entament le tournage de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? » sous la direction de Robert Aldrich. Les deux actrices sont d’immenses stars, mais dont l’éclat pâlit depuis quelques années : elles ont l’une et l’autre une cinquantaine d’années, âge peu propice aux premiers rôles de cinéma…
Le film, très atypique, est remarquable à bien des égards. Pourtant, quand on évoque son tournage, on pense d’abord à la mésentente proverbiale des deux actrices telle qu’elle nous a été abondamment rapportée. Cependant, tout laisse à penser qu’il s’agit là d’une des nombreuses légendes forgées par le « système » hollywoodien. Les deux femmes ne se connaissaient pas personnellement, n’avaient jamais travaillé ensemble, n’appartenaient pas aux mêmes studios et n’avaient pas du tout le même «emploi ».
Deux stars féminines, à la forte personnalité, réunies sur le même tournage : l’occasion était trop belle pour ne pas nourrir l’ogre hollywoodien. Le récit gourmand de la jalousie, des mesquineries et des caprices divers, bref de cette satanée hystérie féminine, se substitua à ce qui était probablement beaucoup plus proche de la réalité : celle de deux femmes d’un grand professionnalisme et d’une grande expérience, absolument engagées dans leur métier, venant d’horizons très différents et prenant l’une et l’autre un énorme risque artistique et commercial avec ce film.
Le texte de Jean Marbeuf propose une correspondance fictive entre les deux femmes au moment de la pré-production, du tournage et de la sortie du film Jean Marbeuf, cinéaste et cinéphile, tout en emboîtant le pas à la légende en livrant un texte assez savoureux où la pointe et la pique abondent – Bette Davis, notamment, était réputée pour son humour acéré et provocateur –, aborde de façon moins saillante mais très nette, d’autres aspects qui nous renvoient à la place de la femme dans le système hollywoodien, l’industrie du cinéma en général et plus largement dans la société. En abandonnant la forme épistolaire pour privilégier un mode dialogué, l' adaptation qu'en a faite les deux actrices met en valeur cette dimension de son propos.
Derrière la critique de la fabrique des stars et « des belles histoires », à travers la joute verbale, les jeux de rôle sadiques, drôles et émouvants, le texte nous parle aussi de l’humanité de ces femmes, de leur courage pour continuer à travailler, à exister, à ne pas sombrer dans l’oubli et la déchéance. Plus largement, le statut de l’invisibilité des femmes dépassant le seuil de la cinquantaine est posé.
Le spectacle sera suivi du film à 21h
Tarif : 13€ pour la soirée, tarif normal pour seulement le film