Coup de tête

Jean-Jacques Annaud, France, 1979, 89 min

Dans la petite ville de Trincamp, au début des années 1980, François Perrin travaille à l'entreprise Sivardière. Il est aussi ailier droit dans le club de foot de la ville. A la suite d’un coup de gueule, il est exclu du terrain, perd son emploi, et pour finir, est accusé de viol. Réhabilité, il va régler ses comptes.

Une comédie satirique très réussie sur le milieu du football, bien loin des superproductions que J.J. Annaud réalisera par la suite. Un grand rôle de Patrick Dewaere.

Mercredi 25 janvier à 20h

Coup de cœur  des membres du ciné club

La fiche de Christophe

Coup de tête

Réalisé par Jean-Jacques Annaud en 1979


Synopsis

François Perrin, fort caractère, est un ailier droit dans l'équipe de football amateur de la petite ville

de Trincamp. Le président du club est également le patron de l'usine où il travaille. Après un coup

de gueule, il est renvoyé du terrain et perd son emploi à l'usine.

Et pour corser le tout, il est accusé d'un viol qu'il n'a pas commis.

Mais l'équipe doit jouer en coupe de France, c’est l’honneur et la reconnaissance de la ville qui est

en jeu.

Trincamp et tous ses habitants ne peuvent absolument pas se passer de Perrin pour avoir des

chances de victoire.

Quelques raisons pour voir/revoir ce film :

Un scénario et un dialoguiste confirmé

Alain Poiré, directeur et producteur de la Gaumont, choisit Francis Veber pour ce film. Je pense

qu’il n’est pas besoin de présenter l’auteur des François Pignon, joués principalement par Pierre

Richard, ainsi que « Du grand blond... », mais il sort d’un projet qui n’a pas marché « Le jouet ».

Les deux hommes se ressemblent et se complètent :

- Annaud invite Veber à déjeuner dans des bistrots sordides des villes de province où ils se

rendent, en quête de décors naturels adéquats ; ils évoquent leur même admiration pour la

comédie à l'italienne, pour le sens du tragique dérisoire de Dino Risi ou d'Alberto Sordi. C'est cet

esprit qu'ils insufflent, ensemble, au film.

- Francis Veber écrit le scénario de « Coup de tête » d’après la vision du réalisateur. C’est

un perfectionniste tout comme Jean-Jacques Annaud. Son premier scénario est refusé et réécrit à

trois reprises.

Francis Veber a développé les situations comiques et il a réécrit la deuxième partie du film :

l’illustration du proverbe “La vengeance est un plat qui se mange froid” : la revanche de François

Perrin. Pour le scénariste, il n’y a pas de vengeance, juste des menaces à l'encontre de ceux qui

l’ont mené à être un paria dans cette petite ville.

Francis Veber dit que “ce fut l’un de ses scénarios le plus difficiles à écrire, mais qu’il en est le plus

fier”

Un compositeur de musique de film : Pierre Bachelet

Au début de sa carrière, Pierre Bachelet n'est encore qu'un illustrateur sonore dans le monde de la

publicité. Durant les années 70, Pierre Bachelet est connu et reconnu pour les bandes originales

du premier « Emmanuelle », ainsi que, dans un autre genre, « Les bronzés font du ski ».

Par l’intermédiaire de la publicité, il collabore avec Jean-Jacques Annaud sur ses deux premiers

films.

Pour contrebalancer cette satire sociale de « Coup de tête », il trouve une mélodie ironique et

populaire dont il aura l'idée de faire siffler le thème principal.

Un casting de seconds rôles de premier choix

Produit par La Gaumont, Jean-Jacques Annaud a choisi ses seconds rôles parmi les acteurs en

contrat chez ce distributeur, parmi eux :

Jean Bouise, Michel Aumont, Bernard-Pierre Donnadieu, Hubert Deschamps, Gérard

Hernandez, Claude Legros, ....

Alain Poiré est en désaccord avec Jean-Jacques Annaud sur le fait que Patrick Dewaere soit dans

la distribution, il est hors de question qu’il soit l'acteur principal. Mais nous y reviendrons plus tard.

Un jeune réalisateur dans les montagnes russes

En premier lieu, Jean Jacques Annaud réalise de nombreux spots de publicité aussi bien pour la

télévision, le cinéma mais surtout pour de grands groupes avec de forts budgets. (Certains de ces

budgets sont estimés à 1⁄4 de celui de « Coup de tête »).

Par l’intermédiaire de François Truffaut, il contacte Claude Berri, comme producteur, avec qui il

réalise son premier film, « La Victoire en chantant » en 1976.

La sortie est un échec commercial et dans la presse également. Même Claude Berri n’était pas

très enthousiaste dès l’origine du projet.

Jean-Jacques Annaud est dépourvu face à cet échec : le téléphone sonne peu voire pas du tout,

pas de sollicitation de la part de son producteur.

Il se pose des questions : abandonner ses rêves de cinéma et retrouver le confort économique en

retournant des spots publicitaires ?

Dans les mêmes moments, sa vie privée vole en éclat (divorce annoncé) : “ Est-ce dû à cet échec

? ”

Sans qu'il le sache ou sans qu'il en prenne conscience, son premier film « La Victoire en

chantant » est présenté à l'Oscar 1977 du meilleur film étranger : dans la nuit, il l’apprend par

Claude Berri. Et le lendemain matin, le flash info commence par cette bonne nouvelle : Oscar du

meilleur film étranger.

Coïncidence, certes non, toute la presse française et américaine le contacte. Surtout Claude Berri

ne cesse pas de l'appeler pour le féliciter et lui conseille de refuser toutes propositions

éventuelles/habituelles suite à ce type de couronnement. Dixit les propres propos de

Jean-Jacques Annaud, il remarque un changement de comportement.

Jean-Jacques Annaud sourit, car il a écrit ses premières notes pour son second film « Coup de

tête ». Il traverse des péripéties similaires au personnage de son prochain film, c’est bien lui, ils

vivent les mêmes sensations. Rejeté un jour puis adulé pour peu de temps.

Un grand acteur : Patrick Dewaere

Comme évoqué plutôt, le nom de Patrick Dewaere fait fuir les distributeurs, et surtout les

assurances. Ces dernières ne veulent plus l’assurer sur un tournage à cause de son addiction à la

drogue dure. De plus, le nom de Patrick Dewaere n’est pas “bankable”, préférant Gérard

Depardieu. Ils étaient partenaires dans ‘Les Valseuses’.

Malgré ses nombreux rôles avec une bonne interprétation, la récompense du monde du cinéma

n’est pas au rendez-vous (ni prix, ni César sur 6 nominations). Profondément blessé, il se dit qu’il

est un acteur mineur.

Jean-Jacques Annaud obtient l’assurance de Patrick Dewaere d’être “clean” sur le tournage, car

ce film l'enthousiasme ainsi que le genre de film : la comédie sociale.

Le réalisateur est ravi de travailler avec Patrick, il est impressionnant par son « immense

tendresse et sa grande violence », mais aussi par son professionnalisme, à savoir : connaître son

texte par cœur quelle que soit la longueur de la prise. Le tournage fut agréable.

La performance d’acteur de Dewaere est pourtant fantastique : il est à fleur de peau, rendant son

charisme naturel et sa performance plus magnétiques que jamais.


Après le tournage, Patrick fut blacklisté dans tous les médias après avoir été accusé d’avoir frappé

un journaliste.

Sans promotion « Coup de tête » ne connaîtra pas le succès du box-office. Ce film a eu de “petites

critiques positives” dans la presse.

De plus, le film n’intéressa pas les spectateurs qui n'apprécient pas le football. Les autres sont

fâchés et se sentent trahis par cette satire grinçante : l’envers du sport qui n’était pas aussi connu

à l’époque qu’aujourd'hui.

Il est découvert et apprécié à sa juste valeur lors des diffusions de la télévision.

« Coup de tête » est le seul film de Jean-Jacques Annaud qui n’a pas été distribué à l’international

(malgré une tentative américaine).


Bonus :

Thème du film

C'était quoi Patrick Dewaere ? - Blow Up - ARTE

Patrick Dewaere évoque sa vie (1981)

Entrée Libre se fait des films : « Coup de tête »

La lettre de Patrick Dewaere à Jean-Jacques Annaud - 1979

“ Je profite que j'ai un aussi beau papier que le tien et que je suis également à New-York

pour envoyer à mon tour une vieille lettre. Je suis ok avec toi pour penser que ce tournage c'était

un sacré bon souvenir et que tous les deux ça passait bien entre nous. Je pense aussi qu'avec

Série Noire, Coup de tête c'est le plus beau film que j'ai jamais fait et je demande encore qu'on me

pince tellement son score m'a stupéfié.

J'avoue que le fait que le public ait pas vraiment suivi ça me reste complètement sur l'estomac et

que maintenant j'ose plus tellement ouvrir ma gueule parce-que j'étais sûr du contraire. Vu qu'ici,

j'ai rien d'autre à faire que de me couvrir d'humilité et avec le recul je me demande si j'ai pas été

un peu léger au moment de la sortie, tu me diras que maintenant ça te fait une belle jambe de

savoir que je remets en question quelques une de mes attitudes, mais au cas où nos aventures ne

s'arrêteraient pas là, j'aime autant que tu le saches, le petit tour que je viens de faire aux USA fait

que je vais mettre une sourdine à quelques-uns de mes principes TV. Je ne dis pas que je me suis

trompé, je dis seulement que!), ai peut-être été un peu fort. Bref, l'histoire de l'émission à laquelle

je n'ai pas voulu me rendre m'est restée complètement sur la patate. Et j'espère que ce n'est pas

l'unique raison pour laquelle le film ait pas cassé la baraque mais c'est possible. Parce-que ce film

il était génial. Mais bon c'est pas la peine de pleurer et si tu m'as pas dans le nez, j'espère à mort

qu'on remettra ça. Je serai toujours aussi nerveux et buté, parce-que quand je tourne, j'ai

passionnément besoin d'exister mais comme toi t'as la chance d'être un bon monteur, avec des

idées comme j'aime, jeune et sans complexes et qu'en outre t'es pas mal physiquement, y'a pas

de raisons qu'un jour on se colle pas un succès mondial. Voilà. je souhaite que tu comprennes

cette lettre de A à Z et que surtout tu sentes ce quil y a entre les lignes. Des fois j'ai peut-être l'air

de dire n'importe-quoi mais c'est surtout parce que je le dis n'importe comment. Je t'embrasse.

Patrick”


Où voir ce film ?

Ce film est disponible sur :

● Sur la plupart des sites de VOD,

● En DVD/ Blu-ray

● Sans oublier en prêt à la bibliothèque municipale de Grenoble. (Kateb Yacine - Grand Place)


Fiche rédigée par Christophe Germain

Critiques

« Ne vous y trompez pas : ce petit film est un grand film et Patrick Dewaere en est l'interprète

idéal. » 

François Chalais, Le Figaro


Dans Coup de tête, le football est roi. Le football avec ses joueurs, bien sûr, mais également avec

ses dirigeants, ses présidents-hommes d’affaires (...), ses entraîneurs, ses supporters fanatisés,

et ces milliers de spectateurs bons enfants qu'il draine vers les stades dans une atmosphère de


kermesse... Tout un petit monde que Francis Veber (scénariste) et Jean-Jacques Annaud (réalisa-

teur) semblent parfaitement connaître et sur lequel ils posent un regard amusé, mais dépourvu


d'indulgence.

Cependant, beaucoup plus que la chronique d'un club de province, Coup de tête est une fable sur


la versatilité de la foule, ses foucades imprévues, l'alternance de ses fureurs et de ses enthou-

siasmes. Victime puis bénéficiaire de cette versatilité est le héros de l'histoire, un garçon cabo-

chard, un peu voyou, un peu paumé, qui, après avoir été voué aux gémonies par ses concitoyens


(on l'accuse même d'avoir violé une jeune fille), connaît la gloire et un triomphe d'empereur ro-

main le jour où, grâce à lui, l'équipe locale remporte un match de Coupe de France.


Dialogué avec humour, plein de gags et de rebondissements, vivement mis en scène, Coup de tête

pourrait n'être qu'un aimable divertissement. En fait, c'est un film plus grave qu'il n'en a l'air, où

l'on trouve une bonne dose d'ironie, de la causticité, de l'amertume, une sorte de mépris latent


pour la lâcheté et la sottise des hommes. Tout ce qu'on trouvait déjà dans le premier film de Jean-

Jacques Annaud, cette Victoire en chantant (rebaptisée Noirs et blancs en couleur après l'oscar


hollywoodien) que le public français eut le tort de bouder.

C'est Patrick Dewaere qui joue le rôle du paria devenu vedette. On l'aime pour sa désinvolture, ses

insolences, son charme de grand gosse dissipé, ses accès de colère et de tendresse. D'excellents

partenaires (Jean Bouise, Michel Aumont, France Dougnac) l'épaulent. Tous ensemble ils gagnent

la partie.


Jean de Baroncelli, Le Monde, 16 février 1979

Coup de tête, deuxième long-métrage de Jean-Jacques Annaud, propose en effet l’une des rares

histoires de football mises en scène par le cinéma français. Mais le film a été assez souvent diffusé

à la télévision pour que les amateurs ne se fassent pas d’illusions : Coup de tête n’est pas un


hymne sportif, plutôt une satire, tour à tour lourdingue et acérée d’une France provinciale au-

jourd’hui disparue, que l’on voit encore dominée par des notables cyniques, où un patron d’usine


et de club (le président Sivardière, magnifiquement incarné par Jean Bouise) entretient « onze


imbéciles pour en calmer huit cents ». Le jeu de Patrick Dewaere à l’écran s’avère poétique, légè-

rement décalé. L’acteur tenait un tempo très particulier, fait de pauses un peu étirées, de regards


rêveurs précédant des éruptions. Le jeu sur le terrain, lors des séquences de match, se révéla en

revanche catastrophique, comme le racontait dans ces colonnes Lucien Denis, joueur de l’A.J.

Auxerre qui doubla l’acteur. Inspiré du parcours de Guingamp en Coupe de France, le film fut

néanmoins tourné en Bourgogne, grâce au sens de l’hospitalité de l’entraîneur Guy Roux.

Coup de tête ne résout pas l’équation entre foot et cinéma, restée invaincue à ce jour. Au-delà des


quelques jolis moments de comédie qu’il offre, il présente un réel intérêt documentaire. Sa pein-

ture des rapports de classe, la place que tiennent les immigrés dans le parcours de Perrin (elle est


minuscule mais révélatrice : il touche le fond quand il balaie les rues avec « les Maliens, les Séné-

galais ») et surtout l’omniprésence du thème du viol montrent un pays qui dit adieu avec regret à


un vieil ordre patriarcal, mettant ses pas, avec un peu de réticence, dans ceux d’un garçon qui ne

sait pas très bien où il va.


Thomas Sotinel, le Monde, 14 juin 2016


Un dialoguiste.

Francis Veber, dialoguiste confirmé, est imposé à Jean-Jacques Annaud par la Gaumont. Les deux

hommes se ressemblent peu : Annaud invite Veber à déjeuner dans des bistrots sordides des

villes de province où ils se rendent, en quête de décors naturels adéquats ; Veber entraîne Annaud


à Capri pour terminer le scénario ! Mais ils partagent la même admiration pour la comédie à l'itali-

enne, pour le sens du tragique dérisoire de Dino Risi ou d'Alberto Sordi. C'est cet esprit qu'ils in-

sufflent, ensemble, au film.


Un musicien

Pierre Bachelet n'est encore qu'un illustrateur sonore qui travaille avec Annaud sur ses pubs. Pour


donner un contrepoint efficace aux situations dramatiques, il cherche une mélodie ironique et po-

pulaire, et a l'idée de faire siffler le thème principal. C'est Bachelet lui-même qui s'y colle, car le


siffleur professionnel engagé arrive ivre à l'enregistrement ! C'est lui aussi qui chante l'hymne du

film, un « truc terrifiant de désespoir ». Pourtant les paroles sont plutôt ras des crampons, de

l'avis même du réalisateur : « On avait essayé de faire au plus con et on avait réussi ! »


Anne Dessuant, Telerama, 9 juin 2014

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